Cinecitta : Enfin !

Enfin, j’ai pu aller voir Cinecitta et enfin j’ai du temps pour écrire et partager mes impressions avec mes lecteurs. En gros, j’ai apprécié bien qu’il y ait eu quelques petites imperfections qui m’ont déplu mais le film reste à voir malgré ça.

Pour présenter le synopsis, il s’agit de l’histoire de trois copains : un scénariste (Abdelmonem Chouayet), un producteur (Mohamed Ali Ben Jemaa) et un directeur photo (Mohamed Grayaa) qui pour faire un film se trouvent contraints de cambrioler une banque. La cause de cette solution ‘hors la loi’ est le refus des commissions de subvention de leur donner l’argent nécessaire pour le film. Ils décident ensuite de se cacher dans un appart le temps que la police oublie l’affaire or que vivre caché ne signifie pas vivre en paix. De frustration en frustration, leur chemin va coïncider avec celui d’autres personnages vivant dans le même immeuble qu’eux.

L’histoire en elle-même n’est pas banale et le refus des commissions de subventions est très commun chez nous. En 2006, dans Making Off, Nouri Bouzid a déjà parlé des problèmes que rencontrent les réalisateurs tunisiens. Ibrahim Letaief le fait aussi mais à sa manière. Face au refus, n’importe quel réalisateur n’opte pas pour cambrioler une banque et c’est là où le scénario prend une tournure comme celle que l’on trouve dans les scénaris à l’américaine. Parler de ce sujet est courageux surtout qu’Ibrahim Letaief ne s’est pas contenté d’en parler mais il a joint des sous entendus pour faire passer des messages indirectement. Quitte à savoir si c’est transmis. Le public en tout cas à l’air de comprendre et de savoir lire entre les lignes.

Les trois personnages cambriolent donc la banque et rien que voir son nom ‘Di va Fanculo’, le spectateur ne peut s’empêcher de rire. C’est normal, on définit le film comme étant une comédie. Mais moi je trouve que Cinecitta n’obéit pas à la lettre aux bases de la comédie. C’est un mélange de genres avec quelques excès et où on rit de temps à autre. Les Temps modernes de Chaplin est le parfait exemple d'une comédie selon moi alors si on fait la comparaison avec Cinecitta, on trouve un vrai décalage. En plus, faire rire ne se fait pas seulement à travers les paroles mais avec toute la gestuelle du corps. On dirait que le réalisateur avait envie de tout mettre dans son film, de parler de tout en oubliant que même en créant notre propre œuvre cinématographique, quelques règles nous sont imposées. C’est vrai aussi que le genre ‘comédie’ n’est pas très répandu dans notre cinéma sans doute parce que c’est un genre à part qui demande une certaine maitrise et où il ne faut surtout pas parachuter des actes comiques juste pour qu’on puisse rigoler.

On se retrouve donc face à trois personnages très différents. Un Mohamed Ali Ben Jemaa, fils à maman peureux qui ne jouait pas vraiment. On dirait que son statut de star et ses rôles fréquents dans d’autres films lui font oublier que dans un film on doit mettre du sien pas seulement être présent physiquement. Un Abdelmonem Chouayet dans le rôle d’un intello sérieux qui domine ses deux copains sans oublier l’incontournable Mohamed Grayaa, aussi débile que dans son rôle dans Khorma qui te donne envie de lui donner une baffe tellement il est con mais qui te pousse à l’applaudir par la même occasion tellement il s’est approprié son rôle.

Par la suite, comme j’ai dit, nos héros vont rencontrer de nouvelles têtes qui vont encore pimenter l’histoire. Celui qui m’a le plus surprise, c’est sans doute Mohamed Ali Nahdi qui à chaque apparition jouait un rôle différent aussi drôle que le précédent. Qu’il soit dans la tenue d’un détective privé ou portant un habit religieux, on le remarque dès les premiers instants tellement il a bien joué. Pour moi, il était LA révélation du film. Il s’appropriait n’importe quel rôle sans en faire trop. Il était tellement passe partout que je me suis mise à l’imaginer jouant le rôle de tous les autres personnages (comme l’a fait Eddy Murphy dans la famille Foldingue).

Il y avait aussi Dorra Zarrouk qu’on qualifie généralement de bombe et qui plait au public je ne sais pas pourquoi. Moi personnellement, je ne la trouve pas naturelle ni très professionnelle. Elle est toujours la même partout que ce soit dans les séries télévisées ou dans ce film et elle n’innove pas. En plus, dans ce film précisément, on dirait qu’elle n’était là que pour lui ajouter une touche féminine avec le standard jeune fille chic à laquelle on a ajouté un décolleté profond et une mini jupe et qui biensur parle d’une façon raffinée. L’exemple par défaut des actrices qui ne m’attirent guère.

On trouve aussi, Jamel Madami et Jaafar El Guesmi dans la peau de deux pseudos flics ratés, qui à force de vouloir faire rire ont abusé et c’était devenu lourd et lassant. Le contraste de taille et de poids présent chez les deux m’a rappelé Laurel et Hardy mais leur façon de jouer n’a rien à voir avec ces deux derniers. Et enfin, Jacqueline Bismuth et son mari Raouf Ben Amor ont joué le rôle d’un couple pas comme les autres.

Le point fort de ce film est sans doute ses idées légères. Ceci dit, il y avait certains points qui n’étaient pas là par hasard. A commencer par des répliques pas faites juste pour être dites mais qui ont un sens et semblent naître après mure réflexion sans oublier aussi, toutes sortes de symboles que seul un tunisien ‘attentif’ pourrait détecter comme par exemple le chiffre 7 et la bande mauve sur le capot de la voiture jaune. On a rencontré une deuxième fois la couleur mauve dans le film et on a même fait une réflexion dessus alors qu’on pouvait ne pas s’y attarder.
J’avais aussi l’impression que le film était plutôt destiné à nous tunisiens car on le comprendrait plus que les autres car seul un tunisien pourrait connaitre le biscuit Saida, la 3eja aux œufs ou écouter Mosaique Fm et Rayess Labhar. Le tunisien s’y retrouve facilement donc et peut en plus s'identifier aux personnages s'il est passionné de cinéma.

L’influence du réalisateur par d’autres réalisateurs italiens est bien présente surtout qu’il l’a appuyée par la reconstruction des mêmes plans que dans des films italiens comme ‘la vie est belle' de Benigni (le bisou que donne le mari à femme quand il est à bicyclette) ou encore la fameuse scène de la fontaine et je ne pense pas qu’un non cinéphile pourrait détecter cette influence alors je me demande bien à qui est destiné le film ? à des cinéphiles ou à un public plus général ?

Pour parler de la technique, la comparaison avec d’autres films tunisiens ne peut même pas se faire tellement on est allés dans la métamorphose dans celui là mis à part biensur l’indétrônable Thalathoune. J’ai aimé la maitrise du flou/net pour les dialogues, les fondus entre quelques plans, les travellings qui ont fait que le film n’a pas arrêté de bouger et qui fait que le spectateur ne stagne pas, l’harmonie entre son et image surtout les parties où il y avait le son de l’accordéon et le son d’une musique signée Atef Lakhoua, des notes que j’ai aimé, très modernes et qui vont à merveille avec le déroulement des actions.

Je sais que j’ai dû oublier d’autres points car pour tout énumérer, il faut re-visionner le film avec arrêt sur image à chaque fois mais le gros a été dit je crois.
Je trouve à la fin qu’Ibrahim Letaief a réussi son pari, celui de donner une nouvelle image au film tunisien. Il fallait à ce dernier une bouffée d’air pour qu’on le regarde avec une nouvelle vision même si ce film a des défauts, des défauts qu’on peut ne pas trouver à la surface mais que si on creuse un peu parce que généralement, le public peut se contenter de voir à la surface et ne pas s’approfondir car pour lui aller au cinéma est un moyen de divertissement et non pas autre chose. Ceci dit, la notion de film commercial qui vise les gros chiffres est bien évidente pour Cinecitta et c’est loin d’être un film d’auteur comme on a l'habitude de voir en plus il n’y qu’à voir la campagne de publicité faite autour du film, elle n'a comme but que d'attirer le maximum de personnes. Reste à savoir si les chiffres vont être comme l’espérait son réalisateur. A noter que les 4 premiers jours il a réalisé un record de 10000 entrées. A suivre donc !

4 commentaires:

MAD DJERBA 20 février 2009 23:31  

je n'ai toujours pas vu le film mais j'ai vraiment adoré ta façon de rendre par écrit ta lecture du film en t'appuyant sur tes connaissances cinématographiques de façon objective et très personnelle à la fois.

Joli Coeur 21 février 2009 12:00  

Je t'encourage vivement à le voir pour te faire ta propre idée. Ceci dit merci d'avoir adoré ce que j'ai écrit et c'est vrai que je me base sur mes connaissances surtout que je fais des études de cinéma donc j'essaie de rester le maximum objective en me référant à ce qu'on nous apprend en cours.
A noter que l'écriture de cette note m'a pris plus qu'une semaine car je ne voulais ni casser ni critiquer à la va vite :)

Löwe 21 février 2009 21:49  

Une note référence, sans doute...

imen 23 juillet 2009 16:08  

salut joli cœur, j'ai trouvé intéressant ce que t'a écris , je rédige un mémoire et mon sujet parle de la musique de film et plus spécialement du compositeur américain James Horner, j'ai choisi le film Le Masque de Zorro comme corpus , alors je me demandais si tu pouvais m'aider :) merci d'avance.

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